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ÉVOLUTIONS DE LA THÉORIE ET DES PRATIQUES

L’ARIP ( Association de Recherche et d’Intervention psychosociologique )a été fondée en février 1959.

La plupart des fondateurs de l’ARIP, Max Pagès, André Lévy, Benusiglio, Jean-Claude Rouchy et Eugène Enriquez étaient issus de la CEGOS. Ils en sont partis, à la recherche d’un espace de réflexion et de créativité à partir de leurs interventions. Guy Palmade et Jean Dubost, consultants chez EDF, Jean Miasonneuve, Jeau Claude Filloux et André de Peretti les ont rejoints.

Formés aux sciences humaines et à la psychanalyse ils souhaitaient transposer ces théories dans le monde du travail. 

L’ARIP se présentait alors comme une société savante, un lieu d’échange et de recherche réunissant des figures majeures de la recherche scientifique en psychologie et en sociologie des organisations.

Chacun avait son parcours et ses originalités ; ce qui réunissait l’ensemble de ces fondateurs était un travail approfondi sur les groupes et les organisations, au-delà simplement des pratiques de formation, de conseil, et d’intervention dans les organisations.

La dynamique de groupe comme méthodologie de changement :

L’ARIP développe des séminaires de dynamique de groupe pour des cadres d’entreprises industrielles, puis en 1968 à l’initiative notamment de Guy Palmade des formations à la conduite de réunion ou d’entretiens. Il s’agissait de permettre à des cadres d’analyser leurs rapports et leur façon de travailler, de réfléchir au rapport aux organisations et d’engager ainsi un travail psychique de groupe ayant des visées de changement.

L’intervention psychosociologique :

Au cours des années 60 et 70, des membres de l’ARIP ont, à partir de leurs théorisations sur le groupe, l’organisation, et le changement, posé les bases de ce qui deviendra l’intervention psychosociologique. L’ARIP développera alors des pratiques d’interventions auprès d’entreprises puis plus particulièrement dans le champ sanitaire et social à partir des années 90. (Pour une définition de l’intervention voire l’article sur ce site « Problématique de l’intervention » JC Rouchy)

La création de la revue Connexions :

En 1972, l’ARIP, et plus particulièrement Jean-Claude Rouchy avec Eugène Enriquez, crée la revue Connexions. Dans un contexte post 1968 il s’agit de diffuser ses idées et ses théorisations, qui affirment plus nettement une orientation psychosociologique, en lien avec des processus politiques, et une orientation analytique. Revue interdisciplinaire, ouverte au dialogue entre psychosociologie, psychanalyse et sciences sociales, Connexions est un lieu de débat sur les questions cliniques et théoriques soulevées par les pratiques d’intervention en lien avec les changements sociétaux.

La spécificité de cette revue, dont la création avait été envisagée dès 1970, était de chercher, à une époque où cela n’existait pas dans les publications contemporaines sur la psychologie des groupes ou les interventions en institution, à donner un espace et une visibilité à des théorisations « mixtes » et des pratiques psychosociologiques récentes, en cours de construction et cherchant à articuler conduites conscientes et inconscientes, dans des contextes politiques et économiques. Elle s’adressait, avec une certaine exigence scientifique, à un large public (intellectuels, praticiens, universitaires, diversité d’acteurs sociaux…).

Les deux premiers numéros de la revue ont porté sur la dynamique de groupe et sur le fonctionnement des organisations et le changement social.

 

Un lieu de formation d’intervenants psychosociologues :

L’ARIP crée le cycle de formation psychosociologique. A travers ce cycle, l’ARIP a commencé à former ses propres intervenants en interne en leur transmettant ses théorisations et ses méthodologies d’intervention.

Dans les années 70 et 80, l’ARIP était le principal lieu de formation d’intervenants psychosociologues.

Les années 2015 et 2016, voient la disparition des fondateurs de l’ARIP et l’émergence de nouveaux membres issus d’horizons professionnels variés, formés à l’ARIP et/ou qui ont été inspirées dans leur pratique par son approche. Ils ont à cœur de poursuivre la transmission et le renouvellement de la psychosociologie clinique en initiant de nouveaux projets, de nouvelles démarches d’interventions et en développant la réflexion théorico-clinique à partir de leurs pratiques dans les contextes sociétaux actuels.

 

Qu’est-ce que la psychosociologie du point de vue de l’ARIP ?

«  La psychosociologie est fondée sur une recherche active qui emprunte aux autres disciplines des connaissances et des concepts qu’elle transforme et réélabore ».( JC Rouchy 2010)

Le domaine propre à la psychosociologie clinique est situé à l’articulation de plusieurs disciplines des sciences humaines, psychologie, psychologie sociale, sociologie, psychanalyse, anthropologie culturelle, philosophie, et s’appuie sur différentes pratiques connexes : groupes de travail, dynamique de groupe, analyse des organisations et des institutions, conduites pédagogiques, conduite de groupes, écoute flottante et analytique.

L’analyse psychosociologique vise une modification des structures instituées au sein des organisations (entreprises, associations…). Changement qui ne peut se faire sans un travail des professionnels sur les valeurs, les normes, les modes de pensée et les représentations intériorisées.

La démarche vise ainsi à faire évoluer conjointement les personnes et les structures, c’est-à-dire les individus dans leur appartenances groupales et organisationnelle.

La rencontre avec la psychanalyse a permis d’introduire des dispositifs rigoureux, une démarche d’analyse avec un travail à la fois en rapport à soi et au cadre institutionnel.

Le lien entre recherche, élaboration conceptuelle et théorique, et la pratique d’intervention et de formation est essentiel.

  • Des sources d’inspiration Lewiniennes et Bionnienne

Dans un premier temps les sources d’influence de l’ARIP sont celles des séminaires mis en œuvre au National Training Laboratory, fondé par Lewin (1947, USA) et ses continuateurs. C’est là qu’a été initiée, expérimentée et diffusée la méthode du T-Group de Kurt Lewin inventeur de la notion de dynamique des groupes.

Les travaux de recherche du Tavistock Institute of Humain Relation de Londres, fondé en 1947, sur le comportement en groupe et dans les organisations, dans la filiation des travaux de Lewin et de ceux de la Tavistok Clinic et de la British Army Psychiatry (dont Elliott Jaques, Wilfried Bion), constitueront également une source d’inspiration.

La référence à la psychanalyse interviendra très tôt avec l’introduction par Lily Herbert du Tavistok institute des travaux de Bion sur le groupe, qui constitueront assez rapidement une référence fondamentale au sein de l’ARIP.

  • L’analyse organisationnelle, l’analyse institutionnelle, l’approche psychanalytique

Au cours des années 60 et 70 de nombreux courants de pensée et de pratiques étaient en cours d’élaboration : la psychologie humaniste (C. Rogers), l’analyse institutionnelle (R. Lourau et G. Lapassade), l’analyse organisationnelle (M. Crozier et R. Sainsaulieu), ou encore l’approche complémentariste de G. Devereux, toutes approches et personnes avec lesquelles des liens d’échanges et de travail ont eu lieu et qui ont été des sources d’inspiration, de débats, de différenciations, dans un moment où l’imaginaire social poussait à la création, à l’autogestion, à la coopération.

Au cours des années 60, s’ajoutent à ce corpus théorique et pratique les contributions de l’approche psychanalytique des groupes, avec les travaux de D. Anzieu et de R Kaës sans cependant perdre le contact avec le monde des organisations industrielles comme l’avait fait à l’époque le Tavistok Institute de Londres.

  • Un recentrage sur l’orientation psychanalytique

L’influence de la psychologie humaniste américaine, notamment inspirée de Carl Rogers, sera progressivement abandonnée et l’ARIP s’orientera vers une approche résolument psychanalytique ce qui donnera lieu à des scissions et ruptures.

Au sein de la psychosociologie française, cette différenciation entre ceux proches de la psychologie humaniste américaine et ceux qui rejettent cette filiation pour une orientation psychanalytique reste d’actualité.

Sous l’influence marquante de Jean-Claude Rouchy l’orientation psychanalytique de l’ARIP est ainsi affirmée. Elle se traduit notamment par une conception analytique des structures et de leur intériorisation et une conception analytique du processus du changement faisant du groupe le lieu de transformation et d’élaboration des changements. Des collaborations avec des psychologues sociaux comme Jean-Léon Beauvois ou Claude Chabrol seront aussi développées.

Cette clinique de l’intervention d’orientation psychosociologique et analytique constitue une singularité de l’ARIP.

Tout au long de ses travaux, l’ARIP a développé des échanges et coopérations en France et à l’ Etranger : USA, Brésil, Argentine, Italie, Londres…

L’ARIP a construit des liens avec la SFPPG, la FAPAG, l’Association Transitions ( Analyse de groupe et d’Institution) l’Association européenne pour l’Analyse transculturelle de Groupe, l’Association Européenne Nicolas Abraham et Maria Torok.

Références

Quelques références pour des témoignages et des réflexions sur l’histoire de l’ARIP, la construction et l’évolution théorico-pratique :

  • « L’analyse psychosociologique aujourd’hui. L’ARIP a cinquante ans », Connexions, N°92-2009/2, Eres.

Dont notamment : « Les pionniers français de l’intervention psychosociologique en entreprise ». Entretien avec Jean-Claude Rouchy , mené par Bernard Colasse et Francis Pavé.

  • « Mémoires du futur. Connexions 1972-2012 », Connexions, N°98-2012/2, Eres.

Notamment l’entretien mené par Emmanuel Diet avec Eugène Enriquez et Jean-Claude Rouchy « Une effervescence bien tempérée ».

  • Rouchy, J.-C. (1998). « Problématique de l’intervention » Connexions N°71.
  • Pagès Max, Van den Hove Didier (1996). « Le travail d’exister. Roman épistémologique ». Edition Desclée de Brouwer.
  • Enriquez E.(2010). « Désir et résistance : la construction du sujet ». Entretien d’Eugène Enriquez avec Joël Birman et Claudine Haroche. Edition Parangon
  • Stevens, H. (2011). « De l’intervention psychosociologique au développement personnel dans l’entreprise » – Regards sociologiques N°41-42 Paris- 2011