Nous venons d’apprendre avec beaucoup de tristesse et de peine le décès de Jacqueline Palmade. Jacqueline était ma prof à Dauphine et notre superviseuse pendant plusieurs années dans le cabinet de conseil où on a mené plusieurs interventions dans les différentes grandes entreprises et administrations publiques : France Telecom, EDF GDF, la SNCF, le CNES (centre national d’études spatiales). Elle était d’une rigueur et d’une exigence implacables dans différents types d’études : entretiens qualitatifs, questionnaire et traitement statistiques multifactoriels, conduite et animation de groupes. Avec Anne Salmon er d’autres consultants du cabinet Ylios (une dizaine) nous avons mené de grandes enquêtes avec plusieurs personnes et groupes telles qu’on n’ose plus en faire maintenant : Plus de 600 personnes à EDF, 54 groupes de tous les métiers et régions de France . 2000 personnes au CNES avec 80% de retour du questionnaire d’enquête. Consultation préalable des organisations syndicales et constitution d’un comité de coordination du travail représentatif du personnel, etc. Jacqueline était l’exigence et l’interdisciplinarité incarnées. A l’aise en philo, psycho, psychanalyse socio, linguistique, elle était notre “mère nourricière” et notre référente pour nous guider dans nos premiers pas de consultants-intervenants. Dommage que l’ombre écrasante de Guy Palmade ne lui a pas permis de se faire connaître un peu plus mais elle ne cherchait ni la notoriété ni la gloire. Elle a peu publié alors qu’elle avait mené beaucoup d’enquêtes et dirigé des travaux de thèse dont celle d’Anne Salmon.

Son dernier livre était “L’incertitude comme norme” où elle présentait les résultats d’enquêtes longitudinales sur l’évolution du rapport au travail sur une vingtaine d’années et dans lesquelles elle avait multiplié les approches : entretiens, questionnaires, tests projectifs, analyse de contenu. C’était ça Jacqueline : elle ne se contentait jamais d’une approche, d’une certitude, et était en recherche de perfectionnement continu de méthodes et d’approches et à leur croisement et complémentarité. Elle s’est retirée il y a quelques années. On ne la voyait plus au Cirfip où elle a continué à venir pour participer aux échanges et débattre de l’actualité. J’ai perdu le contact avec elle alors qu’on était proches. Son téléphone ne répondait plus. Comme les oiseaux qui se cachent pour mourir, elle s’est retirée pour partir discrètement. Sa rencontre a été déterminante pour moi. J’ai appris beaucoup avec elle et je lui dois beaucoup.
Merci chère Jacqueline.

Abdelaâli Laoukili